Florence, l'œuvre de Thomas J. Price ? Une reprise triviale : le sujet intéressant est autre


Le travail de Thomas J. Price sur la Piazza della Signoria ? Rien d'autre qu'une reprise sans originalité de formules éculées. Mais le problème est tout autre : est-il possible de faire quelque chose de plus innovant, de plus violent, de plus moderne, de plus anti-rhétorique et de plus révolutionnaire ? La réflexion de Marco Tonelli.

Sur la Piazza della Signoria de Florence, depuis environ cinq siècles, chaque jour de l’année, une femme vêtue s’apprête à couper la tête d’un homme, inerte et endormi à ses pieds, qu’elle tient par les cheveux. Si un mouvement féministe avait voulu choisir une image plus efficace pour protester contre le patriarcat, il n’aurait pas pu faire mieux que la Judith de Donatello sur le point de décapiter le général Holopherne.

Un peu plus loin, un jeune homme nu vient de décapiter une femme, dont il lève la tête comme un trophée : le Persée de Cellini avec la tête de Méduse. Cette image sanglante serait-elle donc une représentation du féminicide, tandis que le viol des Sabines de Giambologna, tout proche, serait une violence de genre ? Et si alors, par réaction hystérique, quelques nostalgiques du patriarcat voulaient interpréter le Persée de Cellini comme un acte de vengeance masculine contre la violence des femmes, comme pour venger Holopherne tué par Judith, de distorsion en distorsion émergerait un véritable monstre herméneutique.

On discute ces jours-ci sur la même place, devant les mêmes statues, du cas d’une autre sculpture où la question du genre rejoint celle, plus actuelle, de la race, à savoir la statue d’une jeune fille noire absorbée par son téléphone portable, haute d’environ quatre mètres, en bronze doré, réalisée par le sculpteur britannique Thomas J. Price. La question qui fâche est la suivante : peut-on dire qu’une telle sculpture est laide sans être accusé de racisme et de sexisme ? Et comme l’artiste est également noir, ne risque-t-on pas de discriminer aussi l’auteur ?

De même qu’il serait absurde de dire, comme on l’a écrit récemment dans un magazine, qu’il s’agit d’une sculpture dont la qualité du travail, de la plastique et de l’objet serait “évidente” (cette évidence révélée serait basée sur quoi, le jugement de “critiques d’art” autoproclamés ?), de même il serait absurde de dire qu’elle est laide. Il s’agit d’une sculpture de femme noire qui reprend des modèles déjà utilisés dans le passé (en Italie, par exemple, par des sculpteurs qui n’étaient pas particulièrement appréciés par la critique traditionnelle, comme Ugo Attardi dans les années 1970 et Giuseppe Bergomi plus récemment) et qui s’inspire, dans son style hyperréaliste, des femmes noires de Duan Hanson dans les années 1960, occupées à leurs activités quotidiennes, à la différence près que ces dernières étaient grandeur nature, tandis que celles de Price sont monumentales.

On pourrait donc dire que l’œuvre de Price est une reprise, finalement peu originale, de ce qui a déjà été fait par d’autres artistes, en ajoutant que des sculptures publiques de femmes noires en bronze existent d’ailleurs déjà dans le monde, comme The Bronze Woman d’ Aleix Barbat en 2008 à Stockwell Gardens à Londres ou celle dédiée à Mary Jane Seacole à Londres depuis 2016 à l’hôpital St. Thomas Hospital, à laquelle celle d’une femme noire (symbole de l’Afrique) placée depuis 1863 à Londres sur le mémorial de la Grande Exposition de 1851 servirait de précédent historique. La grande sculpture de Price ne serait donc même pas la première sculpture de femme noire à être placée sur une place publique : le fait qu’elle soit seulement la première femme noire à être placée sur la Piazza della Signoria suffit-il à la considérer comme “révolutionnaire”, étant donné que la statue elle-même retrace des modèles académiques, véristes, réalistes socialistes et usés ? Un langage aussi désuet peut-il être révolutionnaire ?

Thomas J. Price, Le temps se déploie. Photo : Finestre Sull'Arte
Thomas J. Price, Time Unfolding. Photo : Finestre Sull’Arte

Le geste des deux pauvres idiots qui ont accroché des bananes au cou de la statue de Price (un geste aussi idiot que celui de scotcher une banane au mur, de l’exposer, de la mettre aux enchères et de l’acheter pour 6 millions de dollars) risque de nous empêcher de poser les bonnes questions. Par exemple : fallait-il placer une sculpture aussi normalisante par son style, par la banalité du sujet, par l’absence de tension formelle, sur la place même qui accueille des chefs-d’œuvre de la statuaire qui ont fait l’histoire de la sculpture (il est difficile de supposer que la fille de Price restera dans la même histoire) ? Y a-t-il derrière ces choix une commission de directeurs de musées, de philosophes, d’historiens et de critiques d’art qui sélectionnent les œuvres en fonction de certains paramètres et de visions culturelles partagées, en faisant attention au fait, pour un lieu public aussi sensible, qu’entre 2015 et 2025 sur 6 sculptures contemporaines installées, pas moins de 4 provenaient d’artistes liés à la galerie Gagosian (celle de Price étant la non moins prestigieuse galerie Hauser & Wirth) ?

Ne serait-ce pas que les agissements des idiots habituels, avec la complicité des critiques de bonne foi (mais, comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions) nous obligent toujours à parler des mauvaises choses pour les mauvaises raisons, nous faisant perdre de vue ce dont nous devrions sérieusement discuter ? Par exemple, que l’on peut contester une sculpture non originale du point de vue de l’histoire de l’art sans porter atteinte à ce qu’elle représente, mais seulement au fait qu’elle est une œuvre d’art qui n’a pas sa place parmi les chefs-d’œuvre de la Renaissance, et qu’il y a une différence entre signifiant et signifié, entre forme et contenu, entre signe et référent. Accrocher des bananes au cou d’une statue représentant une jeune fille noire (geste idiot) n’a pas la même valeur sémantique que si les idiots l’avaient fait sur une jeune fille en chair et en os (geste raciste).

Revenons donc à notre Judith : est-il possible de faire quelque chose de plus innovant, de plus violent, de plus moderne, de plus anti-rhétorique, de plus révolutionnaire ? C’est le défi de l’art contemporain, ne pas remettre en cause, défendre l’œuvre de Price, comme un disque rayé, la décolonisation et les droits civiques, sans peut-être avoir jamais lu Booker T. Washington, Frederick Douglass, Marcus Garvey, W.E.B. Du Bois, James Baldwin, Frantz Fanon, Léopold Senghor, Aimé Césaire, Malcolm X, Huey Newton, Eldridge Cleaver, Angela Davis ? Et de découvrir, même à travers leurs écrits, que ce n’est pas la statue produite par un artiste (noir ou blanc, peu importe à ce stade), qui travaille pour l’une des galeries d’art les plus puissantes d’Occident, dans une ville entièrement consacrée au tourisme international (deux expressions du consumérisme contemporain), qui peut représenter et résoudre les questions d’exploitation et de domination “coloniale” (ou quel que soit le nom que l’on veuille lui donner). Pour paraphraser Malcolm X, il y a des sculptures “d’arrière-cour” et des sculptures “de campagne” : les premières sont au service du pouvoir économique et complices de l’exploitation coloniale, les secondes voudraient la renverser : la fille de Price ne ressemble pas du tout à une sculpture “de campagne”.


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