L'art de Laure Prouvost, tisseuse de confusion et de poésie


Avec ses œuvres, l'artiste française Laure Prouvost (Croix, 1978) nous entraîne dans un monde surréaliste de vidéos fragmentées, d'objets assemblés et de récits qui semblent s'effilocher et se réassembler comme une tapisserie en perpétuel mouvement.

Imaginez que vous vous promenez dans un musée, le sol craque légèrement sous vos pieds. La lumière, douce mais inquiétante, reflète un kaléidoscope de couleurs sur les murs, tandis qu’une voix murmure quelque chose. Vous ne savez pas si elle vous invite ou si elle vous met en garde. C’est ce que signifie entrer dans l’univers de Laure Prouvost, une artiste qui ne crée pas seulement des œuvres, mais des espaces psychiques dans lesquels on se perd, on réfléchit, on rêve. Mais que nous dit Laure Prouvost ? Que veut-elle nous faire voir dans son univers surréaliste de vidéos fragmentées, d’objets assemblés et de récits qui semblent s’effilocher et se réassembler comme une tapisserie en perpétuel mouvement ?

L’artiste française, lauréate du Turner Prize en 2013, est une tisseuse de confusion et de poésie, capable de nous envelopper d’un mystère qui n’appelle pas de solutions, mais des questions. Prouvost aime jouer avec le langage, le plier et le déformer jusqu’à ce qu’il devienne quelque chose de presque physique. Dans ses vidéos, le texte écrit s’oppose à la parole ; les images, souvent évocatrices et hypnotiques, semblent raconter une histoire qu’on ne peut pas saisir entièrement. Un exemple emblématique est It, Heat, Hit (2010), où le langage se manifeste comme un flux sensoriel qui se dissout dans les images et les sons, invitant le spectateur à s’interroger sur sa propre perception. Nous nous demandons donc : quelle est notre relation avec le langage ? Est-il encore un instrument de communication ou est-il devenu un champ de bataille où les significations se perdent et où de nouvelles possibilités sont trouvées ? Aujourd’hui, les mots nous bombardent de toutes parts, des médias sociaux aux panneaux d’affichage : et à cette époque, le travail de Prouvost semble nous rappeler à quel point ils sont fragiles. Ses œuvres nous incitent à ralentir, à contempler non seulement ce qui est dit, mais aussi la manière dont cela est dit. C’est une invitation à la déconstruction, une rébellion contre la dictature de la clarté.

Laure Prouvost à l'exposition Above Front Tears Oui Float au Nasjonalmuseet à Oslo. Photo : David Levene
Laure Prouvost à l’occasion de l’exposition Above Front Tears Oui Float au Nasjonalmuseet à Oslo. Photo : David Levene
Laure Prouvost, It, Heat, Hit (2010 ; vidéo, langue, texte, durée 6')
Laure Prouvost, It, Heat, Hit (2010 ; vidéo, langue, texte, durée 6’)
Laure Prouvost, Le vagabond (Betty Drunk) (2011 ; vidéo, langue, texte, durée 17'35'')
Laure Prouvost, The Wanderer (Betty Drunk) (2011 ; vidéo, langue, texte, durée 17’35’’)
Laure Prouvost, Au-dessus des nuages (2021 ; vidéo, durée 18'9'')
Laure Prouvost, Au-dessus des nuages (2021 ; vidéo, durée 18’9’’)
Laure Prouvost, Above Front Tears Oui Float (2022 ; installation à Nasjonalmuseet, Oslo). Photo : David Levene
Laure Prouvost, Above Front Tears Oui Float (2022 ; installation à Nasjonalmuseet, Oslo). Photo : David Levene
Laure Prouvost, Le corps de la pieuvre - Doucement vôtre (2023 ; huile sur toile, 90 x 110 cm)
Laure Prouvost, The Octopus Body - Softly Yours (2023 ; huile sur toile, 90 x 110 cm)
Laure Prouvost, Le corps de la pieuvre - Viens avec moi (2024 ; huile sur toile, 70 x 90 cm)
Laure Prouvost, Le corps de la pieuvre - Viens avec moi (2024 ; huile sur toile, 70 x 90 cm)

Laure Prouvost ne se limite pas aux mots. Des objets, souvent banals, comme des chaises, des verres, des restes de nourriture, deviennent les protagonistes de ses installations. Ne sont-ils pas familiers ? Pourtant, dans le contexte créé par l’artiste, ils se transforment. Une chaise n’est plus seulement un endroit où s’asseoir, mais un portail vers une autre façon de voir le monde. Dans un monde obsédé par la nouveauté, par le progrès technologique, Prouvost semble vouloir nous ramener à la terre, à la simplicité. Mais est-ce si simple ? Ses œuvres nous rappellent que chaque objet porte en lui un bagage d’histoires, de souvenirs, voire de traumatismes. Et nous arrêtons-nous jamais pour les écouter ?



Le travail de Prouvost comporte une dimension profondément physique. Ses vidéos ne parlent pas seulement à travers des images et des mots, mais aussi à travers des gestes, des corps qui se déplacent dans des espaces à la fois familiers et inquiétants. Les mains qui bougent rapidement, presque comme si elles essayaient de saisir le sens lui-même, deviennent un symbole de cette anxiété contemporaine de tout comprendre, tout de suite. Dans The Wanderer (Betty Drunk) de 2011, le corps et le mouvement deviennent des métaphores de la recherche et de la perte, de la connexion et de la désorientation. Et s’il n’y avait rien à comprendre ? Et si le corps, avec son immédiateté, était le seul véritable traducteur de l’expérience ?

Cette dimension corporelle se reflète également dans l’expérience physique du visiteur. Ses installations, souvent labyrinthiques ou enveloppantes, nous obligent à nous confronter à notre propre corps dans l’espace. Nous traversons des rideaux, nous nous penchons pour observer des détails cachés, nous entendons des sons qui semblent nous envelopper. Nous ne sommes plus de simples spectateurs, mais des participants.

L’un des aspects les plus fascinants du travail de Prouvost est son lien avec les rêves. Ses vidéos sont oniriques, souvent surréalistes, et nous donnent l’impression de flotter dans un espace entre réalité et imagination. Dans Deep See Blue Surrounding You, présenté à la Biennale de Venise 2019 pour le Pavillon français, l’artiste avait créé un voyage immersif et multisensoriel mêlant mythologie, histoires personnelles et paysages fantastiques. Mais dans un monde qui nous demande sans cesse d’être présents, efficaces et productifs, que signifie rêver ? N’est-ce pas un acte de rébellion ?

Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Deep Blue Surrounding You (2019 ; installation, matériaux divers). Pavillon de la France, Biennale de Venise 2019
Laure Prouvost, Breeding Bird (2022 ; tapisserie de laine, projection de film, métal, laine, vêtements de seconde main, polystyrène, feuilles de palmier, tapis et coussins, 304,8 x 1359,1 x 526,6 cm).
Laure Prouvost, Breeding Bird (2022 ; tapisserie de laine, projection de film, métal, laine, vêtements de seconde main, polystyrène, feuilles de palmier, tapis et coussins, 304,8 x 1359,1 x 526,6 cm).
Laure Prouvost, Martijn (2024 ; verre de Murano et bronze, 167 x 24 x 24 cm)
Laure Prouvost, Martijn (2024 ; verre de Murano et bronze, 167 x 24 x 24 cm)
Laure Prouvost, Landed Here To Sea You With All Our Very Breasts (2023 ; bronze et techniques mixtes, 288 x 825 x 1121 cm)
Laure Prouvost, Landed Here To Sea You With All Our Very Breasts (2023 ; bronze et techniques mixtes, 288 x 825 x 1121 cm)
Laure Prouvost, We Will Keep Cool (2024 ; tapisserie, 210 x 254 cm)
Laure Prouvost, We Will Keep Cool (2024 ; tapisserie, 210 x 254 cm)

Laure Prouvost nous invite à nous perdre. Ses œuvres ne sont jamais linéaires ou rassurantes. Pourtant, il y a une étrange intimité dans cette perte. Comme s’il nous disait : "C’est normal de ne pas savoir où l’on va. Il y a donc quelque chose de profondément humain dans l’univers de Prouvost. Ses œuvres ne parlent jamais depuis une tour d’ivoire : elles s’approchent de nous, nous chuchotent à l’oreille, nous font des clins d’œil. Cette proximité est rare dans l’art contemporain, souvent perçu comme distant et intellectuel. Pourtant, Prouvost parvient à créer un lien, à nous faire sentir que nous faisons partie de quelque chose de plus grand.

Son esthétique du “fait main”, de la vulnérabilité, du fragment, est peut-être une réponse à un monde de plus en plus numérique et parfaitement emballé. Nous vivons aujourd’hui à l’ère des algorithmes et de l’intelligence artificielle, et dans cette ère, la touche humaine de Prouvost est une bouffée d’air frais. Il nous invite à réfléchir à ce que signifie être humain dans un monde qui semble souvent vouloir nous transformer en machines.

Ses œuvres sont profondément contemporaines parce qu’elles parlent d’incertitude. À l’heure des crises climatiques, politiques et identitaires, l’incertitude est peut-être la condition la plus universelle que nous partageons. Prouvost l’embrasse, la célèbre. Ses récits brisés, ses images fugaces, ses objets énigmatiques ne nous offrent pas de réponses, mais ils nous permettent de nous sentir moins seuls dans notre désorientation.

Alors, nous nous demandons : est-ce là le rôle de l’art aujourd’hui ? Ne plus nous guider, mais nous rappeler que nous sommes tous ensemble dans ce chaos ? L’œuvre de Laure Prouvost n’est peut-être pas une carte, mais une boussole devenue folle. Elle ne nous indique pas une direction précise, mais nous pousse à explorer, à sentir, à vivre. En fin de compte, Prouvost ne veut pas nous dire quoi penser. Il veut que nous nous perdions dans la pensée elle-même. Et vous, êtes-vous prêt à vous perdre ?


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